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Commodore

Le commodore PET 2001 : un ordinateur d'un autre âge, avec son lecteur de cassettes magnétiques ! (Crédit by Rama, Wikimedia)

L’entreprise Commodore voit le jour en 1954, lorsque Jack Tramiel, (de son vrai nom Idek Tramielsky) immigré juif polonais et survivant du camp d’Auschwitz , crée la Commodore Portable Typewriter Company dans le Bronx, à New York.

Initialement spécialisée dans la réparation et la vente de machines à écrire, l’entreprise migre rapidement vers Toronto, au Canada, où la législation est plus favorable, pour devenir Commodore Business Machines.

À la fin des années 1960, en bon visionnaire qu’il était, Jack Tramiel anticipe l’avènement de l’électronique grand public ; Commodore se lance alors dans la fabrication de calculatrices électroniques et transfère une partie de ses activités dans ce qui deviendra la Silicon Valley, en Californie.

Comme d’habitude avec son créateur, qui ne faisait rien à moitié, Jack décida de maîtriser l’intégralité de la chaîne de production, un peu comme Apple le fait aujourd’hui...

En 1976, le rachat de MOS Technology — et de son microprocesseur 6502 — marque un tournant décisif : non seulement Commodore acquiert un composant clé, mais aussi les services de l’ingénieur Chuck Peddle, qui a suivi sa création, et propose d’utiliser ce processeur pour créer un ordinateur domestique abordable.

Quand on possède une machine à écrire et une calculatrice mue par un processeur puissant, pourquoi ne pas les marier ?

La gamme PET (1977–1981)

En 1977, Commodore présente le PET 2001 (Personal Electronic Transactor), un ordinateur tout-en-un intégrant clavier, écran monochrome et lecteur de cassettes.

Oui, vous avez bien lu : à cette époque, on enregistrait les programmes sur de simples cassettes à bandes magnétiques, et les supports de stockage étaient similaires aux enregistreurs audio !

On ne vous raconte même pas la lenteur du chargement des applications, qui n’étaient pas installées dans la mémoire de la machine…

Destiné aux écoles, aux entreprises et aux foyers fortunés (800 dollars de l’époque équivalents à environ 4000 actuellement) le PET séduit pourtant par sa fiabilité et sa facilité d’usage, car le concept était en tout point novateur !

De plus, sa conception compacte et son logiciel BASIC (sous licence Microsoft) embarqué dans sa ROM préfigurent l’informatique accessible, y compris avec ce langage de programmation relativement simple à appréhender.

Large succès, la série PET se décline en plusieurs modèles (CBM 3000, 4000 et 8000) qui furent adoptés massivement en Europe, en particulier en Allemagne et en Suisse, et moins aux États-Unis, où la concurrence de l’Apple 2 et du TRS 80, deux ordinateurs personnels lancés à la même période, est plus âpre.

La gamme PET contribue à asseoir la réputation de Commodore comme précurseur de l’ordinateur personnel, mais le prix reste encore relativement élevé pour le grand public.

La démocratisation

En 1980, Commodore bouscule le marché avec le VIC-20.

Proposé à 299 dollars, soutenu par le capitaine Kirk lui-même (Star Trek) dans un célèbre spot TV, le VIC-20 devient le premier ordinateur personnel à dépasser le million d’unités vendues aux USA !

Sa capacité à se brancher sur une télévision, bas prix oblige, son port d’extension ouvert et sa bibliothèque logicielle de jeux aussi populiare que « Space invaders », attirent les curieux et les familles, mais pas encore les professionnels.

Le commodore 64

Le voilà, le véritable blockbuster : équipé de 64 Ko de RAM, d’une puce graphique VIC-II et du célèbre synthétiseur sonore SID, le C64 offre des performances graphiques et audio inégalées pour l’époque.

Lancé en 1985, il trouve sa place dans les salons comme dans les petites entreprises et les écoles ; près de 25 millions d’unités seront écoulées, faisant du C64 l’ordinateur personnel le plus vendu de l’histoire récente de l’informatique.

Les développeurs de jeux, les programmeurs, et même les musiciens exploitent la machine…

De grandes franchises naissent sur C64, qui devient un véritable creuset créatif : Jack Tramiel exulte !

En 1985, la firme enchaîne ensuite avec le Commodore 128, garantissant une rétrocompatibilité C64 tout en apportant plus de mémoire et un mode CP/M (Control Program for Microcomputer) pour convaincre le monde professionnel bureautique.

Graphique et multimédia : la gamme Amiga

Pour rester à la pointe, Commodore acquiert Amiga Corporation en 1984 et dévoile l’Amiga 1000 en 1985.

Grâce au processeur Motorola 68000, la star de cette époque, qui équipe autant les ordinateurs Atari que les récents MAC, et à une architecture multitâche innovante, l’Amiga offre des capacités graphiques et sonores révolutionnaires !

Les modèles Amiga 500, très populaires chez les gamers avec des jeux comme Populous, ou le premier Civilisation, et l’Amiga 2000, prisé par les professionnels de l’image et de la vidéo, assoient la présence de Commodore dans le multimédia, une présence qu’il gardera longtemps.

L’Amiga 1200, apparu en 1992, renforce les performances avec un processeur plus rapide, toujours dans la très prolifique gamme 68000, cadencé à 14 Mhz (!) et une partie graphique encore étendue, tout en restant abordable pour les foyers.

La démission

Pourtant, malgré des machines avant-gardistes et de très beaux succès commerciaux, Sam Tramiel souffre d’une obsession qu’il nomme « business is war », à savoir une volonté continue de baisser les prix, toujours plus… au point d’amener le prix du C 64 à moins de 200 dollars…

Cette stratégie permet, certes, une pénétration rapide du marché et une éviction partielle de la concurrence. Toutefois, elle finit par éroder gravement les marges, et par compromettre l’entreprise, car, pour survivre, il faut vendre toujours plus, sans jamais atteindre l’équilibre.

En 1984, en conflit ouvert avec son conseil d’administration où il n'était pas majoritaire, Jack Tramiel, qui n’était pas un tendre, quitte Commodore avec fracas, pour… reprendre Atari !

Le déclin

Au milieu des années 80, Commodore ne fait plus figure de précurseur et le monde de l’informatique est devenu très concurrentiel, avec une douzaine de marques et de systèmes différents, et parmi eux le PC compatible IBM, armé de Microsoft Windows...

Un duo qui les anéantira tous, tous sauf Apple.

Ajouter à cela l’arrivée des premières consoles de jeux, et en avril 1994, soit dix ans après le départ de son créateur, Commodore International dépose le bilan.

Une lente agonie

Les actifs de la société Commodore passent entre les mains d’Escom (1995), puis de Tulip Computers (1997), sans réussir à redonner vie à la marque.

Au début des années 2010, Commodore USA tente une résurrection en commercialisant des PC au look rétro du C64, mais le projet s’éteint, comme Jack Tramiel, à l’hôpital de Stanford, le 8 avril 2012, à l’âge respectable de 83 ans.

La renaissance ?

Pourtant, et contre toute attente, quinze ans plus tard, en 2025, un groupe de passionnés mené par Christian Simpson (le You Tubeur Perifractic) animateur de la chaine Retro Recipes, fonde une société européenne et rachète la marque Commodore.

Dans la foulée, le petite équipe (rejointe par des anciens de la marque) lance un clone du Commodore 64 dit Ultimate, copié sur le PCB de l’original, mais avec une technique moderne et un SOC FPGA d’AMD (Xilink artic 7) qui assurera une compatibilité avec la plupart des logiciels de l’époque.

Il ne s’agit donc pas d’une émulation, mais bien d’une renaissance sur une puce moderne, secondée par 128 mégaoctets de RAM, et 16 à 32 mégaoctets de mémoire flash.

Trois modèles sont prévus, dont l’un reprendra fidèlement la forme de l’ancien, affreuse couleur gris terne comprise, plus rétro tu meurs !

Notons que les nouveaux clones seront, en plus des connecteurs de l’époque, aussi pourvus d’une connectique moderne complète, le meilleur des deux mondes, en quelque sorte !

Et comme le prix d’appel est à 299 dollars (un clin d’œil à Jack Tramiel ?) porté par la nostalgie, la mode du revival et du rétrogaming, cet intéressant projet pourrait faire revivre la marque, au moins pour un temps, et peut-être plus, qui sait ?

C’est tout le mal que l’on peut lui souhaiter !

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